L'OR BLANC DE PRADELLES

 

Ce petit village calme, perché sur les flans de la montagne noire, connut au XIXè siècle une industrie florissante : la glace-neige.

-Au XVIé siècle, les premières glacières étaient communales et n'étaient que de simples trous dans le sol.
-Vers 1849, apparut la première glacière privée**. Elle appartenait à Pierre Piquemol. Il fut le seul glacier vers 1860. son fils François en construisit cinq en 1859.
-Petit à petit, cette activité développa un commerce florissant. On dénombre actuellement 17 glacières. Nous pouvons en voir certaines aux abords des chemins de randonnées.

La Glacière :


- un grand puits de 10m de diamètre et autant de profondeur. Ce puits était obtenu ainsi : " on déblayait la terre que l'on remontait aux abords de la fosse. Cette technique permettait de creuser et d'isoler la glacière. Toute la terre était hissée à dos d'homme.
- un mur de pierre de 50 cm à 1m d'épaisseur, accolé aux parois, était bâti pour habiller ce puits. Il s'élevait au-dessus du sol de 2.50m à 3.50m pour plus d'isolation. La paroi intérieure était enduite et lissée.
- un toit : des arcades étaient façonnées en pierre pour supporter un toit à deux pans. Des poutres en châtaigner étaient recouvertes de planches. Sur cette charpente était placé une toiture en lauzes. (schiste de la région)
- un petit canal d'écoulement, le " touat ": situé au fond de la glacière, il permettait l'évacuation de l'eau causée par la fonte de la neige.
- deux portes : situées au niveau du sol, orientées d'Ouest en Est. Une pour le remplissage de la neige et l'autre pour l'évacuation des balles de glace.

fonctionnement :


- dès les premières neiges, les flocons emportés par le Cers ( vent qui vient de la montagne) ou l'Autan (vent marin), formaient des congères ( gros tas de neige) appelées " crousières. " On choisissait de la neige lourde, compacte. On chargeait les brouettes et les charrettes et ensuite on déversait la neige dans la glacière.
- à l'intérieur de l'édifice, trois ou quatre hommes la tassaient pour chasser l'air et la rendre compacte. Ils la répartissaient en couches successives de 20 cm avec un " mal ", outil fait d'un manche et d'un disque en bois de frêne. Le remplissage se faisait en plusieurs fois, en fonction des chutes de neige et de leur abondance ce qui nécessitait une importante main d'œuvre journalière.
- quand la neige arrivait au niveau du sol, on recouvrait cet " or blanc "de feuilles de hêtre, réputées imputrescibles, pour l'isoler, épaisseur de 1m à 1.50m.
- ces feuilles de hêtre étaient préalablement stockées dans un petit édifice accolé ou pas trop loin de la glacière. Ces feuilles étaient collectées par les femmes dans les hêtraies et servait d'isolant naturel.
- ce dernier travail fait, on fermait les glacières jusqu'à l'été.


fabrication et stockage des pains de glace :

- les hommes nettoyaient et enlevaient le tapis de feuilles de hêtre. Ils grattaient la neige, la mettait dans des moules cylindriques et formaient des " balles. "
- la neige était tassée à l'aide d'une " dame en bois " ou " mal " ( de forme identique et de même diamètre que le cylindre utilisé pour le remplissage). Les pains ainsi faits, pesaient
50kg, parfois 100 à 150 kg. Après le démoulage, les pains étaient déposés sur un
" bourras " en toile de jute que l'on avait préalablement recouvert de feuilles de hêtre.
Les femmes en cousaient les coins pour rendre hermétique le paquet. Ce travail se faisait tôt
le matin et était essentiel pour bien conserver la glace dans le trajet. Les pains de glace
étaient ensuite stockés dans la glacière en attendant d'être livré aux clients.

Moule de 40 cm de diamètre et 90 cm de hauteur, constitué de douelles en bois droites, montées sur deux ½ cercles de fer,rattachés d'un côté par des charnières et de l'autre par deux crochets.
Ce cylindre était sans fond, ni couvercle. Il s'ouvrait unilatéralement.


livraison de la glace :


- le soir, les pains de glace étaient chargés sur les charrettes et recouverts d'une bâche verte au nom du propriétaire, véritable réclame ambulante. Une charrette contenant trente balles de 50 kg soit une tonne et demi, était tirée par un cheval !!
- la charrette était ensuite amenée dans une remise du village. Le soir venu, les caravanes des glaciers commençaient leur longue descente vers la plaine.

la distribution :


- une caravane desservait le narbonnais (Lezignan, Narbonne, Coursan, Sigean), le minervois et Carcassonne. Une autre allait vers Mazamet, Castres, Revel, ensuite l'Hérault (Béziers, Sète, Agde) et aussi la Haute Garonne.
- puis avec le développement des voies ferrées, la neige de la montagne noire arrivait à Bordeaux, Toulouse, Montauban, Perpignan.

la clientèle :


Les principaux clients étaient : cafetiers, limonadiers, bouchers, poissonniers, familles de bourgeois des villes, les médecins. Cette activité a enrichi les familles pradelloises.

le déclin est apparu dès,


- l'apparition de la glace artificielle, vers 1902, les glaciers de Pradelles ne desservaient plus que les villes alentours et les villages traversés.
- la guerre de 1914/1918 où il y a eu la réquisition des hommes valides et des chevaux.
- le réchauffement de la terre et le radoucissement du climat.

Après l'Armistice, seulement deux glacières, ont continué l'activité.
Celle de Jules Assémat, de 1918 à 1927, et celle de Jean Pech, de 1918 à 1925.
*** 100 ans de la vie des villageois de Pradelles se sont effondrés ***
Les glacières, seul témoignage de cette activité, malgré les abîmes du temps
et de l'oubli, restent une richesse pour le patrimoine local.
Vous pouvez les rencontrer lors de vos promenades autour du village.
Vous, amoureux de la nature, protecteur de ces vestiges de notre patrimoine,
vous ferez un retour sur le passé avec ces pionniers de " l'or blanc "
(texte du à l'association "lous caminos de Pradellos")
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